CHAPITRE N°34

EXEMPLES ILLUSTRANT LA NATURE REELLE DE COMPETENCES

Ce qui suit sont des exemples prélevés dans la littérature pour montrer les diverses qualifications que quelques opérateurs ont pu atteindre. Ils illustrent la nature clairement automatique et subconsciente de la vraie compétence en télégraphie, celle qui devient une forme habituelle de comportement, faite sans aucune interposition ou effort conscient. Ils montrent également ce qui peut être ou ce qui a été fait. Les gens qui font les choses bien ne luttent pas ces choses : ils ont plaisir à les faire.

On a constaté qu'il y a une hiérarchie des habitudes de compétence, s'étendant des degrés inférieurs aux degrés de compétence très élevés, chaque niveau menant à une plus grande liberté d'action qu'avant.

RECEPTION DU CODE TOUT EN FAISANT AUTRE CHOSE

Par le passé et même de nos jours, il y a un grand nombre d'exemples de manipulation ou de réception tout en parlant ou faisant d'autres choses en même temps. Les anciens opérateurs des lignes terrestres pouvaient faire cela à des vitesse de 35 à 40 mots par minute. Quelques radioamateurs peuvent encore aujourd'hui faire pareil.

Manipulation et écriture en même temps

Presque tous les anciens opérateurs en code Morse ont développé ce genre de compétence à un certain degré, et pouvaient habituellement manipuler avec une main tandis qu'ils écrivaient sur le message le nombre, l'heure, la date, etc., avec l'autre main. La pression de ce type de travail l'a presque exigée dans un bureau télégraphique surchargé de messages.

Manipulation et réception simultanées

Un agent opérateur régulier des chemins de fer dans une petite ville près de Salina, Kansas, a pu être observé en train de manipuler une suite de messages pour les chemins de fer (listes de fret, cargaison, détails, etc…) lorsqu'il fut appelé sur une autre ligne. Sans faire de pause, il a ouvert sa clef avec l'autre main, envoyé un accusé réception, clôtura le commutateur principal, prit une feuille de message blanche et la glissa dans la machine à écrire et procéda à la copie du message avec un doigt de sa main gauche tout en continuant de manipuler la suite de message des chemins de fer avec sa main droite... Ce n'était pas si inhabituel que cela, il y a de nombreux exemples de ce genre de capacités développées par certains opérateurs.

Un exemple légèrement différent est avec les nombreux anciens opérateurs des chemins de fer qui régulièrement copiaient un message entrant avec une main et manipulaient simultanément sur une autre ligne avec l'autre main.

Réception de deux messages ou plus en même temps

Un opérateur maritime au large de la Californie a eu une expérience amusante de recevoir simultanément le message identique venant de deux stations côtières différentes, KPH et KPJ. Toutes les deux l'ont appelé en même temps, et lui ont dit de transmettre. Au lieu de cela, toutes les deux ont commencé immédiatement à transmettre. Il a essayé de les copier toutes les deux. Ceci est devenu très facile quand il a découvert que les deux stations envoyaient le même message. Le paroxysme de la situation arriva avec les deux factures des deux messages identiques facturés !

En 1924 dans le bureau postal télégraphique de Boston, un opérateur de réseau filaire terrestre se vantait de pouvoir simultanément copier un message en Français avec une main et un autre en Anglais avec l'autre main. Son chef opérateur releva le défi, et sélectionna rapidement un message dans chaque langue. Il lui fit manipuler les deux messages simultanément aux vitesses habituelles. L'opérateur copia parfaitement les deux messages sans aucune faute.

Un ancien opérateur de la marine disait qu'il pouvait tout en tout en copiant un message, se rappeler mentalement et noter d'autres messages qui arrivaient, interférant la réception du message qu'il copiait, et avec assez d'exactitude pour les écrire plus tard. Il disait que cela lui était possible particulièrement quand il copiait un certain type de message particulièrement ennuyeux et inintéressant. Il était toujours entièrement conscient du contenu des messages entendus en même temps sur des fréquences adjacentes au sujet d'appareillages de bateaux, de la paye ou tout autre sujet intéressant.

Un opérateur expert à San Francisco est crédité d'avoir reçu trois messages différents séparées en même temps, écrivant chacun des messages correctement de mémoire ensuite. Ca devient quand même vraiment difficile !

Employer les codes Morse Américains International simultanément

Robert (Dick) Johnstone, ancien opérateur de KPH était un opérateur phénoménal, un des meilleurs de son époque. Il pouvait manipuler un message en code Morse international tout en envoyant simultanément un autre message avec son autre main en code Morse Américain. Il semble qu'il n'était pas le seul à être capable de faire ce genre de prouesse.

COMPARAISON AVEC D'AUTRES FONCTIONS MENTALES ET DISCUSSIONS

Ne pouvons nous pas comparer ceci dans une certaine mesure à d'autres activités habituelles, telles que conduire une voiture tout en pensant à quelque chose de tout à fait différent ? (Se demander plus tard, par exemple, "Est ce que je me suis arrêté là ? Est ce que je suis passé par là ?…). Ou, comme pour la sténographe qui regardait ses notes après la prise de la dictée et qui s'est aperçue avoir noté une plaisanterie faite dans le bureau tout en copiant sa dictée ?.

En faisant deux choses simultanément, une subconsciente ou automatique et l'autre consciente est relativement banal. Par exemple, je peux lire à haute voix un texte imprimé tout en consciemment pensant à quelque chose de tout à fait différent, et lire toujours de manière que ce soit bien significative. Pourtant, peu après, n'avoir que peu ou pas de souvenir précis de ce que j'avais lu à haute voix (et parfois même me demander si je n'avais pas inclus quelque chose de ce que j'avais pensé à un point quelconque le long du texte).

Quant aux opérateurs qui pouvaient copier deux messages simultanément, est-il possible que les deux actions aient été automatiques ?. Etaient elles bien différenciées ? Par exemple, entendre un message avec l'oreille droite et l'écrire avec la main gauche, tout en entendant l'autre avec l'oreille gauche et en l'écrivant la main droite, ou le contraire ?. Ou bien, était une des deux copies était elle automatique et l'autre consciente, bien que faite à vitesse assez élevée ? Et si toutes les deux étaient automatiques, pourraient elles me permettre de me libérer encore pour penser ou entendre quelque chose d'encore différent en même temps? Ceci semble selon les expériences de quelques uns qui ont dit qu'ils s'occupaient de deux messages mais pouvaient percevoir un troisième message, par exemple une voix dans leur environnement. Ou bien, est ce quelque chose comme l'opération "sandwich" sur des ordinateurs puissants sur lesquels plusieurs personnes différentes semblent faire leur travail en pensant être seuls aux commandes, pourtant l'ordinateur prend en charge les tâches simultanément.

En fait l'ordinateur fait cela en divisant les travaux en morceaux qui sont programmés et traités d'une façon entrelacée par un schéma permettant l'optimisation : De l'utilisation des fonctions, des découpages de temps et du contrôle d'ordinateur et semblant donner à chaque opérateur l'impression d'être seul aux commandes. Pour un exemple humain, comment fait l'officier de contrôle du trafic aérien d'un aéroport pour rester informé de l'arrivée et du départ d'autant d'appareils en même temps sans sembler pour autant donner une attention "simultanée" à chaque arrivée ou départ ?. Très intéressant n'est ce pas ?!

VITESSES

Depuis 1933, il a été écrit qu'un bon opérateur professionnel peut atteindre une moyenne en vitesse d'environ 40 mots par minute pendant des périodes travail de huit heures, pouvant soutenir des textes en clair ou des tableaux.

La manipulation à la main était absolument régulière, rythmée et même intelligemment codée et espacée, un plaisir à écouter. Sur les artères principales de trafic de l'agence "Associated Press", des vitesses de 60 à 70 mots par minute n'étaient pas rares. En 1937, WCK avait deux rendez-vous quotidiens avec les agences de presse par radio. Le premier était à environ 45 mots par minute à copier au son et un autre, beaucoup plus rapide pour l'enregistrement automatique et transcription visuelle de la bande. Pourtant Peter Pettit et Paul Magarris, opérateurs de la Marine, pouvaient copier correctement à ces vitesses plus élevées de la presse, d'autres encore plus vite.

Ralph Graham, W8KPE, un télégraphiste sur lignes filaires, a effectué une démonstration à l'institut Smithsonien pendant la conférence d'AWA devant dix témoins qu'il pouvait copier à 79,4 mots par minute. George Batterson, W2GB (Premier président d'AWA) à l'âge de 94 ans pouvait toujours copier à 50 mots par minute et se plaignait que sa vitesse de manipulation était tombée à seulement 35 mots par minute !. Mike Popella, KA3HIE, pouvait copier à 45mots par minute à la main sur papier avec un crayon.

Voici ce que Jim Farrior, W4FOK auteur du fameux logiciel "The Mill" a écrit sur ce sujet :

"Quand j'étais jeune garçon seulement âgé de 13 ans, j'ai vécu dans une petite ville de l'Alabama. Le bureau de télégraphe Chemins de fer était l'une des rares choses en ville qui m'intéressait. Un des trois opérateurs télégraphistes me fit cadeau de son résonateur et de sa clef. L'opérateur en service la nuit avait en général peu de travail a effectuer et il m'aidait souvent en me manipulant des textes et en m'expliquant les procédures, etc… Le résonateur était presque toujours actif, et je suis petit à petit devenu capable de copier directement du fil. Je pense que j'ai appris tout comme on apprend à parler, parce que je ne me rappelle pas avoir essayé d'apprendre. On m'avait dit que c'était facile et je l'ai cru. C'était juste un amusement pour moi et je rêvais qu'un jour je pourrais moi aussi devenir un télégraphiste".

QUELQUES EXEMPLES INTERESSANTS DE JEUNES OPERATEURS HABILES DU PASSE

En 1856, John O'Brian âgé de sept ans livrait les télégrammes pour son frère Richard, qui, à l'âge de 15 ans était le télégraphiste pour bureau local des chemins de fer. Deux ans plus tard, John devint meilleur que son frère, impatient de devenir lui aussi opérateur télégraphiste. Ainsi, alors que seulement âgé de neuf ans, John postula pour un poste d'opérateur personnel. Les chemins de fer lui offrirent un poste dans la ville voisine, et il l'occupa. Les gens à cette époque étaient habitués de voir des jeunes télégraphistes mais pas aussi jeunes ! Très vite, il a été heureux de son nouveau travail. Ces jeunes étaient motivés et apprenaient vite.

Quand la guerre civile a commencé il a offert comme beaucoup d'autres se services et il est devenu leur plus jeune opérateur. Dès le début 1862, il était déjà opérateur auxiliaire à la station militaire importante du Fort Monroe, Virginie et considéré un expert. Quand le commandant, le général Wool l'aperçut pour la première fois, il fut surpris. Lors d'une mission militaire importante à Norfolk, Virginie, une fois le jeune John fut surpris alors qu'il sommeillait par deux messages arrivant en même temps. Il les écrivit tous les deux dans un livre qu'il était en train de lire. (Les opérateurs de guerre travaillaient souvent durant de longues et interminables heures dans de difficiles conditions, dangereuses parfois sur le front et quand c'était possible, ils en profitaient pour se reposer ou s'assoupir un instant).

James H. Bunnell était déjà un bon opérateur à l'âge de 13 ans. Il était si petit qu'il a dû s'asseoir sur un tabouret pour atteindre les instruments télégraphiques. A l'âge de 16 ans, il était un des meilleurs opérateurs dans le pays, remarquable pour sa vitesse de 38 mots par minute (comptage réel des mots).

Ce sont juste deux exemples des nombreux, principalement de jeunes garçons qui rapidement sont devenus des télégraphistes très habiles au milieu du dix neuvième siècle.

EXEMPLES DE L'ETUDE EFFICACE DE CODE

Aux niveaux les plus bas de compétence

Des enfants de quatre ans, tout juste capables d'écrire en lettre majuscules ont été capables de passer le test. Combien d'entre nous sont disposés à admettre qu'un enfant de quatre ans peut nous surpasser ?

Considérez alors ces niveaux de compétence plus élevée

En 1909-1910 Don C. Wallace a appris le code Morse avec un ami, John Cook et l'aide des opérateurs de la station commerciale PJ située à San Pedro, Californie. En 1910, il a installé sa première station. En 1915, il a passé le test pour la licence d'opérateur professionnel de première classe qui exigeait d'être capable de manipuler à 25 mots par minute en code Morse continental et à 30 mots par minute dans le code Morse Américain. Plus tard, avec Tony Gerhardt, il participa à un jeu qu'ils appelaient "Epuisement".

Il s'agissait de manipuler aussi rapidement qu'il était possible avec la clef de type "bug" tandis que l'autre copiait sur une machine à écrire. L'idée étant de voir qui pourrait abandonner le premier. Ils ont continué jusqu'à ce que Don puisse manipuler à plus de 45 mots par minute et recevoir à 55 mots par minute. Plus tard, il fut à la tête d'une équipe de 35 assistants opérateurs, tous capables des mêmes performances que lui. Il les recruta parmi le personnel de la Marine en les sélectionnant comme suit : Il leur manipulait les capacités qu'il fallait avoir et voyait qui pouvait lui répondre !

Voici ici au moins trois douzaines d'hommes avec des qualifications à grande vitesse d'avant 1920. C'était des opérateurs qui appréciaient tellement le code Morse qu'ils ont atteint des buts élevés. Morale: Si vous voulez le faire, vous pouvez probablement le faire !.

Le père d'Arnie était opérateur en chef de télégraphe à une station de chemins de fer et avait par le passé gagné un diplôme pour une vitesse de 60 mots par minute dans un concours organisé parmi les opérateurs des chemins de fer. Son fils Arnie, âge de 8 ans, a traîné dans la station à chaque fois qu'il avait du temps à passer. Il n'a pas dit comment, mais il a appris Morse tout seul a vite appris à manipuler et recevoir à environ 25mots par minute. Quand son père était à l'extérieur, il copiait les ordres à donner aux trains pour son père. Il voulait devenir lui aussi opérateur télégraphiste. Après avoir beaucoup plaidé en sa faveur, son père a dit qu'il pourrait opérer la station tout seul quand il a atteint son neuvième anniversaire.

Ce fut le cas et son père souriait quand il regardait par dessus son épaule en passant. Arnie a prié les chemins de fer de bien vouloir le laisser comme opérateur en second après l'école et les week-ends pour 50 cents de l'heure.

On lui demanda de passer un test "spécial" de qualification : Manipuler un ordre pour un train à 25 mots par minute en faisant les traits avec sa main gauche et à l'aide de la deuxième clef avec sa main droite, de faire les points ! Il réussit à le faire quelques mois plus tard et on lui donna un poste comme opérateur principal sur le deuxième aiguillage durant tout l'été.